Je glande au bureau

J’ai aimé ces journées au timing parfait
Où s’exprimait mon talent et ma créativité
Entreprise aux prises avec la réalité
Les chinois, les indiens, les japonais
Avion, taxi, TGV note de frais
Putain, on va perdre des parts de marché
La concurrence qui s’affûte, on peut plus déconner
Y’a du pain sur la planche faut pas s’faire bouffer

A propos de bouffer ?
Naaan…c’est onze heures…
Ah…

Le chef nous appelle ses collaborateurs
Un jour je m’ suis aperçu qu’c’était vrai
Just’ après qu’ mes amis et ma femme m’aient quitté
Peu à peu j’ai perdu mon petit moteur
Je m’suis mis à aimer les bilans les graphiques
Pour leur valeur intrinsèque en tant qu’objets artistiques
Mon collègue de bureau triste du soir au matin
Soudain m’est apparu comme un être humain

Et maintenant ?
Ben maintenant…

Je glande au bureau toute la journée
Je suis d’venu la gangrène de la productivité
Pause clope - J’vais faire des photocopies
Pause café - j’espère qu’y aura Virginie
Je glande au bureau toute la journée
Je suis devenu le cauchemar de la productivité
Pause pipi - J’vais faire des photocopies
Pause café - j’espère qu’y aura Virginie

Je suis un amateur de réunions bidons
Mais PowerPoint me donne des boutons
Exposés minables et interminables
Beaux tailleurs et jambes croisées sous les tables
Y’a Robert qui va poser sa question
Comme d’habitude juste après la dernière animation
Au risque de se faire étrangler
Car tout l' monde veut filer déjeuner

Je glande au bureau toute la journée
Je suis d’venu la gangrène de la productivité
Pause clope - J’vais faire des photocopies
Pause café - j’espère qu’y aura Virginie
Je glande au bureau toute la journée
Je suis devenu le cauchemar de la productivité
Pause pipi - J’vais faire des photocopies
Pause café - j’espère qu’y aura Virginie

Je rêve De me rouler dans l’herbe
Au bord de la rivière
Camembert saucisson
Couverture à carreau
Eau fraiche dans la glacière
La sieste et les grillons
Le ballon du gamin
Qui me tire d’un coma …profond

Je glande au bureau toute la journée
Je suis d’venu la gangrène de la productivité
Pause clope - J’vais faire des photocopies
Pause café - j’espère qu’y aura Virginie
Je glande au bureau toute la journée
Je suis le cauchemar de la productivité
Pause pipi - J’vais faire des photocopies
Pause gcafé - j’espère qu’y aura Virginie

C'est pas facile de faire semblant

Depuis toujours, on m'a dit:
"La vie, c'est pas une montagne de bonbons"
Faut s'la gagner. Faut y aller.
Attention!
Personne n’a dit que c'était facile.
Et c'est vrai.
Alors dès fois, souvent même, on fait semblant.,
Mais c'est pas facile non plus...
C'est pas facile de faire semblant...
C'est pas facile de faire semblant...
C'est pas facile…

Je m'lève le matin
Je prends ma douche en siflottant
Je prend un bon p'tit dèj
Je beurre mes tartines généreusement
Tout d'un coup… je sens comme un truc qui monte
A ce moment là... je me rends compte...
Que c'est parti....
Il va falloir faire semblant

Tout le monde veut être un héros
Et c'est pas facile d'être un héros
Faut sauver la veuve et l'orphelin
Faut du courage, et puis faut être malin
Moi, tous les matins, ben j'vais au bureau
J'ai pas d'options...Je suis pas Tintin
J'suis collabo, pas Jean Moulin

Justement, c'est pas du tout facile d'aller bosser
Chaqu' jour dans la meute anonyme, à l'heure du laitier
Sentir le fouet du consentement forçé
Pour atteindre des objectifs fixés
Par des cadres déprimés
Que personne peut encadrer

Alors des fois, ben y'en a assez
C'est la révolte…mais à y regarder de près
C'est pas facile d'être un leader
Et déclamer des slogans rageurs
Vaut peut être mieux envoyer les autres lancer des pavés
Les laisser tranquillement s'embrouiller
Et leur dire que…on suit ça de très près

C'est pas facile de résister
Quand faut payer l’foutu loyer
Le sport national de nos élites incorruptibles
C'est de faire rêver que tout est possible
Révolution canalisée vers l'achat de T-shirts du Ché
Pour les derniers rêveurs irréductibles
Surveillance, caméras,
Veuillez v’nir pointer au guichet

Et finalement, il nous reste quoi?
L'amour, les amis, la fuite
Là où on est pas obligé de faire semblant
Chaque jour, profiter de ces choses encore gratuites
Le soleil, un paysage, au fond de soi, écouter la musique
Celle qui nous dit que la vie, au fond,
C'est magique...

Che et Bob

Qu’est devenu notre ami Ernesto ?
Est ce qu’il nous regarde de la haut?
Et est ce qu’il pense toujours à la révolution ?

On regrette qu’Ernesto
Nous ait quitté trop tôt
Et souvent on se dit
Il n’aurait sûrement pas accepté
Nos compromis nos p’tites lâchetés
Mais rien n’est plus sûr aujourd’hui
Un révolutionnaire moisi est devenu PDG de Libé
Et le Ché serait peut être parmi les VIP
Sur le yacht de Bolloré

On regrette que Bob Marley
Soit parti avec son reggae
Et souvent on se dit
Qu’il serait sûrement stupéfait
De voir tous les « fils de » …pistonnés
Nous dire combien ils vivent l’enfer
De relever les compteurs chez Drucker
Mais rien n’est plus sûr aujourd’hui
Les enfants du rock sont décimés
Et Marley serait peut être dans le jury
De la Star Academy

Le Ché sirote lentement un Cuba Libre bien frais
Tranquille au bar avec Bob Marley
Le barbu kaki essaie de convaincre le roi du reggae
De l’illusion de la révolution pacifiste
«La guitarra de Woody Guthrie no mató ningún fascista»
Y la Ganja te come el cerebro, guebón"
« Nevermind, Ché, peace and love c'est bon
Let's all smoke and play reggae»
Tous les deux sont dégouttés
D’avoir leur visage imprimé
Une vraie gueule d’ange au bandana
Sur des T Shirts made in China

« Ecoute, Bob, je suis pas vraiment très fier
D’écouter des chansons dont je suis le héros
Braillées par des touristes sincères
En vacances à Varadero »

« Ecoute Ché,
Nous sommes devenus une production culturelle
Un divertissement, des révolutionnaire-objets
Des cultes de l’iconnerie rebelle
Ressers moi un mojito bien frappé
Allumons nous un calumet
Oublions l’imposture
De toute cette contre-culture
Dont nous sommes devenu les champions
Et dont toujours les mêmes en tirent...
Des biftons »

Des biftons …

Ballade au supermarchE

Comme la vie coule
Quand je pousse avec insouciance
Mon beau caddy qui roule
Dans une musique d’ambiance

Cette ballade du samedi éveille
Sans que j’y prête attention
Le prédateur en moi qui sommeille
Brûlant de passer à l’action

C’est mon jour de chance
Je trouve au rayon fromagerie
Des yeux de braise qui me lancent
« J’aime ton coté vache qui rit »

Une nymphe sème des pétales de rose
Depuis le rayon parfumerie
Elle se retourne, je prend la pose
Je cherche à dire une connerie

une Pro, plus loin met en scène
Des vacances Jack-Pot à crédit
En république dominicaine
Dans un « resort » pour VIP

Une bombe siliconée
Vend des maisons à la criée
Je me tate, je fais mine d’hésiter, mais
J’achète quand même ma boite de paté

Une brune aux yeux de biche
Agite doucement sous mon nez
De délicieuses portions de quiche
En me soufflant « passe moi la monnaie »

Une blonde assez peu farouche
A senti mon cœur d’artichaud
Elle me met l’eau à la bouche
En me disant « j’aime les machos »

Mais -horreur- les lumières déclinent
Soudain toutes les fées sont parties
Seule une voix de femme câline
M’invite à la rejoindre à la sortie

Quand je passe à la caisse
Je sors des liasses de coupons
Pleines de multiples promesses
Comme celle d’être pris pour un con

Cette brusque poussée d’hormones
M’a laissé comme une frustration
Je sens qu’il est urgent que j’m’abonne
A leur courriels d’informations